La fable de Marius

FABLE DE MARIUS – Après le démantèlement de la « jungle » de Calais, les migrants ont été répartis dans toute la France. Alors que certains s’offusquent de devoir accueillir des migrants dans leur commune, d’autres se rendent compte progressivement qu’il s’agit d’êtres humains, comme eux.

Depuis l'arrivée des migrants depuis Calais, Marius a compris pourquoi la France les accueillait. (Photo de Jérémy-Günther-Heinz Jähnick)

Depuis l’arrivée des migrants depuis Calais, Marius a compris pourquoi la France les accueillait. (Photo de Jérémy-Günther-Heinz Jähnick – Licence GNU-Wikimedia)

Le démantèlement de la « jungle » de Calais a eu lieu toute la semaine du 24 au 29 octobre. Tous les migrants ont été répartis dans diverses communes un peu partout en France. Toutefois, cette répartition ne s’est pas opérée sans quelques vagues d’indignation ; en effet, certains citoyens se sont offusqués de voir des migrants arriver dans leur commune, migrants qui se sont vus offrir un logement et un peu d’argent afin de pouvoir vivre dignement.

Mais au-delà de cette indignation basique, qui se contente d’a priori, on constate que la réflexion sur les causes de cet accueil digne n’existe généralement pas. Nous avons donc recueilli le témoignage de Marius, 79 ans, habitant de Verdun. Marius a toujours été contre l’accueil des migrants :

« Moi, j’ai toujours refusé d’accueillir des migrants en France. Je suis avec intérêt l’actualité et je vois bien que la France est dans une situation économique dramatique : dette, chômage, violence, terrorisme, etc. Dans ce contexte là, il me parait complètement inapproprié d’accueillir des migrants.

En plus, dans toutes les photos que j’ai pu voir dans les journaux et à la télé, on voit que les migrants sont sales, habillés comme des racailles et qu’ils ont des téléphones à 500€ dans les mains. En plus ils ne cessent de sourire. En clair, ils ne semblent pas avoir besoin de nous.

Et aussi, les gens que je côtoie sont quasiment tous unanimes : dans les migrants il y a plein de profiteurs qui viennent pour toucher l’argent des Français, et il y a aussi des terroristes. En plus, ils ne savent pas même pas parler à ce qu’on m’a dit.

En clair, je me suis forgé l’opinion que les migrants n’étaient pas comme nous. »

Mais ça, c’était ce que pensait Marius avant. Depuis que les migrants sont arrivés à Verdun, là où il vit, Marius a changé son discours :

« Je me suis rendu compte qu’en fait les migrants sont des humains, comme nous. Je n’aurais pas cru ! En fait, ils sont sensibles comme nous.

Il y en a des gentils, serviables et respectueux comme nous. La majorité qu’on ne montre pas beaucoup.

Il y en a aussi des méchants, violents, profiteurs, comme nous. La minorité qu’on montre.

Si on se contente d’une vision partielle, le raccourci de pensée est évident. Ou comment se convaincre qu’on a raison en ne cherchant que des arguments en faveur de ses opinions …

J’ai donc réfléchi intelligemment, sans a priori, en consultant tous les points de vue, y compris les plus extrêmes. Je me suis documenté auprès de différentes sources fiables (en effet, désinformation et manipulation pullulent à ce sujet sur le net !), objectifs ou subjectifs avec des avis divergents.

J’ai alors découvert que l’Histoire qu’ils vivent dans leur pays est dramatique et que la fuite est leur seule issue ; J’ai découvert que leurs conditions de vie dans leur pays sont indignes voire que leur vie est en danger ; J’ai aussi découvert les raisons de leur arrivée en France et leur volonté d’atteindre le Royaume-Uni ; J’ai compris pourquoi ils bloquaient les camions et pourquoi ils menaient de telles actions: la fin justifie les moyens. Certes, je vous l’accorde, la violence est à condamner, quelque soit le combat.

En clair j’ai compris que les migrants sont des êtres humains et qu’ils ont besoin de nous comme nous on a eu besoin d’alliés, de soutien, d’entraide, parfois.

En fait, j’ai découvert ce que signifiaient les valeurs de solidarité et de fraternité. J’ai compris que la démocratie n’est pas une valeur qui nous appartient, mais bel et bien une valeur à partager, à propager même.

Et je vous rassure, je reste toujours lucide et je ne me suis pas transformé en utopiste, même s’il ne revient qu’à nous de faire tendre notre monde vers plus d’Humanité.

Pourquoi moi, aurais-je le droit d’être heureux, de bénéficier de nombreux avantages, et pourquoi eux, par ce qu’ils sont nés ailleurs, n’auraient le droit qu’à un sombre horizon ?

Pour paraphraser le titre d’un livre, n’oubliez jamais que ‘Eux, c’est nous’.

Et si vous n’êtes pas convaincus, inversez les rôles : mettez-vous à leur place. Peut-être que cela vous aidera si ce n’est à accepter, au moins à comprendre. »

Hé oui, face à la notion de « Propriété » se place la valeur démocratique « Fraternité », face à la notion de « Peur » celle de « Coeur ». Et vous, où en êtes-vous de votre réflexion ?


Note de la rédaction : Au-delà de la légèreté de nos autres articles, où se côtoient parodie, satire, ironie et sarcasme, nous avons décidé d’écrire une « fable », un autre procédé permettant de faire réfléchir. Nous avons conscience que cet article est totalement objectif et nous l’assumons pleinement. Nous ne voulons pas être moralisateur au sens péjoratif du terme, juste vous aider à développer votre réflexion. Libre à chacun de penser ce qu’il veut, évidemment ; mais faites-le avec intelligence !

En conclusion, cet article est une fable… dans l’espoir que vous en aurez compris la morale !

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La fable de Marius FABLE DE MARIUS - Après le démantèlement de la 'jungle' de Calais, les migrants ont été répartis dans toute la France. Alors que certains s'offusquent de devoir accueillir des migrants dans leur commune, d'autres se rendent compte progressivement qu'il s'agit d'êtres humains, comme eux. Le démantèlement de la 'jungle' de Calais...